Published: August 14 2006
By: Aude Marcovitch
 

Noueur de liens sociaux

NIR OFEK. L'Israélien a décidé de transformer sa vie sociale désertique en organisant des fêtes. Aujourd'hui, il a changé celle de milliers de Genevois.

Un vendredi soir d'été, plage des Nations Unies à Genève. 700 personnes parlent, dansent, grignotent des brochettes, draguent, se laissent porter par le flot d'un groupe puis s'en retournent danser. A l'entrée de la plage, Nir Ofek, les gestes larges, accueille, étreint d'un «hug» chaleureux les habitués, encourage les nouveaux, prend des photos, lance dans un micro quelques mots enthousiastes. Au milieu de la foule, il est celui qui lie, le mortier d'éphémères constructions devenues des incontournables événements de la vie nocturne genevoise.

Ancien président de Procter & Gamble, Paul Polman:  «Nir a les capacités de mener de front ses activités professionnelles et l'organisation de ces réunions. Il a d'excellentes idées et sait les mettre en pratique. Et il est généreux.: une partie des activités sert à générer des fonds pour des œuvres humanitaires.»


Nir Ofek organise des soirées où une majorité d'expatriés se mêlent à un nombre grandissant de Romands attirés par l'atmosphère conviviale: les Sindy Parties (abréviation d'un excentrique «Geneva Social Syndicate»). Depuis quelques mois, il a fait un pas supplémentaire pour pimenter la vie lémanique en ouvrant un site internet où chacun peut participer et proposer des activités comme une matinée de ski nautique ou une dégustation de vins.

Le succès est foudroyant: ouvert en octobre dernier, le site compte déjà plus de 4600 membres de 79 nationalités. A voir Nir Ofek virevolter, difficile d'imaginer qu'à son arrivée en Suisse il y a huit ans, cet Israélien de 35 ans se morfondait sur le désert de sa vie sociale.
 

Quand Nir naît dans les environs de Tel-Aviv, la famille Ofek y réside depuis deux générations. A 11 ans, il goûte pour quelques années à la vie d'expatrié au Canada, où son père officie comme consul. Il en garde un anglais impeccable et la nostalgie de ses premières amours. C'est en Suisse qu'il choisira d'émigrer pour une seconde fois.

Diplôme d'économie en poche, il est recruté par la multinationale Procter & Gamble qui lui propose un poste à Genève. «A ce moment je voulais faire une pause d'Israël», raconte Nir. La situation sécuritaire, les constantes tensions et la montée en puissance des religieux le rendent avide d'un lieu qu'il perçoit comme un havre de paix et de bonnes manières. Débarqué à Genève avec son amie d'alors, une légère appréhension le tourmente: «Tout le monde m'avait averti que faire des connaissances en Suisse relevait de l'exploit.» De fait, ces débuts-là furent difficiles.

 
Dix-huit mois et une rupture sentimentale plus tard, Nir constate que ses seuls amis consistent en quelques couples d'Israéliens et une poignée de collègues de travail. «J'ai essayé d'aborder des gens dans des bars en leur disant avec un grand sourire: «Salut! Je suis un mec sympa, je ne connais personne ici et j'aimerais bien être votre ami.» Mais ça n'a pas marché. Un vendredi soir plus morose que d'autres, il décide avec deux copains de réitérer une expérience tentée avec succès quelques années auparavant en Israël.

 A la sortie de son service militaire – cinq ans dans la marine, un grade d'officier et une spécialisation dans le renseignement stratégique –, Nir cherche un petit boulot pour financer ses études. En observant les adolescents traîner leur ennui dans Tel-Aviv, l'idée lui vient de leur organiser des soirées. Le jeune homme écume alors les écoles, repérant les gamins les plus populaires, ceux qui donnent le ton des nouvelles modes, qu'il invite à sa première soirée. Dans le même temps, il convainc Swatch de s'associer à l'opération. La première fête est un succès: 2000 participants. Le rendez-vous des ados devient hebdomadaire.

Pour fidéliser les jeunes gens, Nir appelle les uns, leur susurre parfois que telle jeune fille a posé les yeux sur eux et que, ô miracle, elle sera présente à la prochaine soirée. Il devient leur pote. «Sauf que ma vie sociale était devenue problématique: j'avais 23 ans et tous mes amis étaient âgés de 13 à 15 ans. Il était temps de passer à autre chose.» Entre-temps, le jeune homme a découvert ses talents: «C'est un peu comme un don. Quand j'organise ces activités, que je mets les gens en relation, j'ai l'impression de faire ce pourquoi je suis né. C'est aussi très agréable pour l'ego. Des gens vous reconnaissent dans la rue, d'autres vous remercient d'avoir changé leur vie en leur donnant l'occasion de se faire des amis.»

L'expérience lui apprend l'importance de rester attentif aux besoins des participants, et de leur donner l'occasion de commenter ce qu'ils ont vécu. Ainsi tant pour les soirées Sindy que sur le site de genevaonline , les forums de discussion lui permettent de prendre la température. Du côté de ses employeurs, on vante ses qualités de meneur et son énergie. Ancien président de Procter & Gamble pour l'Europe, Paul Polman est aujourd'hui directeur financier de Nestlé. Pour décrire son ancien collaborateur, il a le verbe spontané: «Nir a les capacités de mener de front ses activités professionnelles et l'organisation de ces réunions. Il a d'excellentes idées et sait les mettre en pratique. Et il est généreux: une partie des activités sert à générer des fonds pour des œuvres humanitaires.»
 
Aujourd'hui, Nir ploie sous le nombre de nouveaux contacts. Ce qui l'inquiète parfois: «Ma passion est devenue une véritable obsession. Même avec ma copine – rencontrée dans une de ses soirées –, j'ai de la peine à parler d'autre chose que de Sindy et de genevaonline .»

Et aujourd'hui, a-t-il encore envie de faire des rencontres? «Je dois être plus sélectif dans mes relations par manque de temps. Mais je participe régulièrement aux pots de bienvenue de genevaonline . Il y a toujours une excitation particulière à faire de nouvelles connaissances.

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