By: Pierre Cormon

Published: December 2007

 

 

Créé pour permettre aux nouveaux arrivants de se créer rapidement un réseau social, le site compte plus de quinze mille membres, de septante-neuf nationalités. On y rencontre également des Suisses désireux de renouveler leur vie sociale.

 

glocals, le site Internet qui fait aimer la Suisse aux expatriés

 

Prenez Marco, un architecte italien de 28 ans. Le lendemain de son arrivée en Suisse, il se rend à un café de conversation espagnole, sans connaître personne. «En une seule soirée, j’ai rencontré plus de nouvelles personnes que dans une année de vie ordinaire…», raconte-t-il. Il se sent immédiatement adopté. Quant à Yumiko, une Japonaise de 36 ans venue travailler deux ans à Genève, elle a commencé par trouver la ville un peu terne, après ses expériences à New York, Tokyo et Londres. Elle s’y plaît maintenant tellement qu’elle songe à étendre son séjour. Tous deux sont des membres actifs du site Internet Glocals, aussi connu sous son ancien nom de Genevaonline.

Le site a été créé par deux frères, Oded et Nir Ofek, 32 et 35 ans. Arrivé d’Israël il y a sept ans, Nir se sentait un peu seul à Genève. «J’étais jeune, plein d’énergie et je voulais sortir, mais il n’y avait pas grand-chose à faire», raconte-t-il. Constatant que de nombreux expatriés sont dans la même situation, il crée un premier site Internet avec l’aide de son frère. L’idée: organiser des fêtes destinées en priorité aux expatriés. Six mille personnes s’inscrivent sur le site et une douzaine de soirées sont organisées chaque année. Nir y rencontre celle qui partage aujourd’hui sa vie.

 

Communauté en ligne

Mais après quelques années il se sent un peu vieux pour enchaîner les fêtes. Il constate également que les participants s’amusent et dansent, mais ne se rencontrent pas beaucoup entre eux. Or, à ce moment, les communautés en ligne prennent leur essor. Tout cela inspire aux deux frères le projet de Genevaonline, dont la version bêta a été lancée en été 2005. L’idée de base est simple. «Tu es expatrié, tu arrives en Suisse sans connaître personne. Avec le site, tu dois pouvoir immédiatement trouver une vie sociale riche», explique Nir.

Entièrement gratuit, Genevaonline / Glocals repose sur un modèle décentralisé. C’est aux membres de faire vivre la communauté. Pour ce faire, chacun peut proposer des activités: marcher à la montagne, boire des verres, manger des sushis, regarder un match de rugby, faire un jogging, jouer au billard, discuter de livres, danser la salsa… Chacun peut y participer.

 

Ambiance informelle

Une moyenne d’une demi-douzaine d’activités est ainsi organisée chaque jour. L’ambiance, très informelle, favorise les rencontres: chacun se sent libre de discuter avec n’importe quel autre participant.

A côté de son aspect social, le site peut aider les nouveaux arrivants dans des domaines plus pratiques. On y échange de nombreux conseils et l’on y trouve des offres spéciales: une compagnie d’assurances propose par exemple des rabais de 10% aux mem-bres sur les nouveaux contrats.

Seules conditions pour s’inscrire: avoir au moins 23 ans et connaître l’anglais, puisqu’il s’agit de la lingua franca de la communauté. Pas besoin d’être un expatrié: des Genevois (dont le soussigné) profitent également du site pour étendre leur cercle social et franchir la barrière qui sépare souvent les locaux des internationaux. Pour le reste, la plupart des membres ont une bonne formation, une expérience à l’étranger et manifestent un intérêt pour les autres cultures, mais il ne s’agit en aucun cas de conditions impératives.

 

Plus de quinze mille membres

Depuis son lancement officiel en mars 2006, le site a connu un essor très rapide. Alors que les frères Ofek pensaient pouvoir attirer six mille personnes, il a franchi la barre des dix mille membres au début de l’été 2007 et dépasse maintenant les quinze mille. Tous ne sont pas actifs. Certains utilisent uniquement le site pour chercher un appartement, d’autres se constituent un réseau d’amis et cessent de fréquenter les activités. Mais 20% des membres se connectent tous les jours – ce qui représente tout de même plus de deux mille personnes.

Ce succès a obligé les créateurs à se structurer. S’ils ont toujours eu l’espoir de transformer le site en entreprise rentable, ce n’est qu’en février 2007 qu’ils se sont constitués en Sàrl. «A mesure que nous grandissions, nous courrions davantage de risques», explique Nir. «Si une activité avait mal tourné, nous aurions pu nous retrouver personnellement responsables».

 

Expansion

Le site n’est pas encore rentable, mais l’évolution des revenus publicitaires est positive et devrait permettre d’atteindre prochainement les chiffres noirs, espèrent les frères Ofek. «Notre modèle repose essentiellement sur le fait que les gens qui s’installent dans une ville ont besoin de toute une série de services (de l’assurance au garage en passant par le coiffeur) et ne savent pas à qui s’adresser», explique Nir. «Nous nous appuyons là-dessus pour attirer des annonceurs de confiance, qui ont prouvé pouvoir délivrer des services de qualité en anglais, et les recommander à nos membres».

Afin d’attirer davantage les gros annonceurs, les fondateurs ont décidé d’étendre le site à Lausanne, Berne, Bâle et Zurich – d’où l’abandon du nom Genevaonline pour Glocals – une combinaison des termes «global» et «local», résumant l’esprit qui prévaut dans la communauté. A long terme, le concept pourrait même être appliqué à l’étranger, dans toutes les villes du monde où se trouvent de larges communautés d’expatriés.

 

Structure légère

Tout ce travail est effectué avec une structure très légère. Nir, chargé des aspects communication et marketing, continue à travailler à 100% pour une multinationale et n’est pas rémunéré par Glocals. Son frère Oded est employé à 100% en tant qu’administrateur du site. Il est basé à Tel-Aviv, afin de pouvoir bénéficier du coût de la vie inférieur en Israël. Un informaticien en Inde travaille quasiment à plein temps pour le site, sur mandat, afin de réaliser les adaptations techniques. Et une courtière en publicité consacre un quart de son temps à Glocals.

Les frères Oded préparent d’autre part une refonte totale du site, qui n’a pas été conçu pour un aussi grand nombre d’utilisateurs. En attendant, Marco, Yumiko et les autres continuent à s’amuser.

Pierre Cormon

www.glocals.com